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Pensées poétiques en lévitation bidirectionnelle

Champ-Sonnette (surréaliste)

Arbre en liquéfaction devant ombres douteuses,
Décidément, Manon, toi qui es amoureuse,
Fais, par pitié, que je rêve de ces choses
Qui sans prévenir me rend bien plus que morose.

Galante âme arrachée à la superstition,
Vous écourtez mes jours ainsi que ma raison.
Que faire sans ami, que faire sans amour,
Si la fin du monde n’est qu’un triste abat-jour ?

Douces pensées ténues, amies de ma mémoire,
Vous me laisserez toutes au bord du trottoir
De mon enfance ailée ;

Et pourtant apeuré, tout seul dans la nuit noire,
Mon poème me fait l’effet d’un grand miroir
Qui s’est tant fracturé !


J’étais triste, tu vins heureux (réaliste)

Cher ami, j’étais triste devant cette offense
Qui retrouva ma chair et les âpres essences
De ma vie révolue.

Sombre ami de ma mère, mystérieux inconnu,
Je revois la première fois que je t’ai vu,
Tu étais tout en chair.

Le vent soufflait si fort que l’on n’entendait guère
Que le son des trompettes annonçant la guerre
Comme un cri de détresse.

Et le coq de bruyère, ayant peu de finesse,
Rappela vite à tous qui était leur ânesse,
Et s’en alla, joyeux.

Que d’amis tombés ! Ô misère, miséreux !
On n’entendait au loin plus que les coups de feu
Qui dehors faisaient rage.

Et toi, tu vins, heureux, si frais dans cet orage,
Et me contas les vœux des gens, dans le carnage
Qui dehors faisait rage.

Sonnets surréalistes

Un supplément à l’article Encore de la poésie.

Dans l’autobus de la raison (très surréaliste)

Liant sa colle avec sa paire de ciseaux,
Alors que Théodule s’essuie tant qu’il se mouille,
Albert se gargarise en chatouillant sa peau.
Ne vous étonnez pas si son ventre gargouille.

Soudain, dans un salon, la course s’envenime.
Les gens parlent avidement, nonchalamment ;
Ils éparpillent tous dans leur course des rimes.
Le passant discute à propos d’un éléphant.

Plus tard, dans la nuit noire, gît un arbre nu
Un faux saule pleureur, un joujou en plastique,
Être de saucisson qu’affamé on mastique.

Enfin, Albert, couard, dessine sur le sable
Un homme, tout en chair, en pleine révérence.
Vous ne trouverez pas plus belle référence.

Une petite histoire (un peu plus réaliste)

Savez-vous seulement à quel point je suis fier,
Face à votre assemblée, généreuse et unie,
De voir ici ma fille, ma sœur et mon père ?
Ah ! Que je suis heureux d’être en Lituanie !

Je vais vous raconter la petite anecdote
Qui me fit tant rire que je faillis tomber.
De ma folie c’est depuis toujours l’antidote.
Trêve de bavardages ; voici l’épopée.

Atelier d’écriture, dix avril, à treize heures.
Jules donna un coup de ciseaux dans le bras
D’un ami apaisé qui s’agita sur l’heure ;

On banda sa blessure avec un pansement
Dès qu’on eût remarqué que Jean s’était fait mal.
Je devrais arrêter de me moquer des gens.

Encore de la poésie

…mais surréaliste, cette fois. Utilisez votre imaginaire pour (tenter de) décoder les messages sortis tout droit de mon inconscient.

La Grande Maison

Liant la colle avec sa paire de ciseaux, la nivelle se retrouve dans un état de confusion totale en regardant la mer avec des lunettes vertes.

La maison
Émet un son
Et s’écrie « Non !
J’aime les chatons
De plusieurs tons
Qui se répondent
Et pondent des œufs durs ! »

L’idée de liberté ressemble à un bateau sans fond où traîne lamentablement une table bizarre.

Le ciel sauvage boude en répondant à sa mère qui dort debout devant la télévision nocturne.

Rafraîchir le Soleil me donne envie de vomir, alors, pour me défaire de cette ignominie capricieuse bien qu’événementielle, je m’amuse de jour en contemplant les étoiles bleues.

L’escargot s’illumine avec la manche droite de son pull-over vert, tandis que règne un silence irradié d’imperceptibles halos de rachidiens chinois.

L’asyndète désabusée scrute le gros horizon orange.

Le métabolisme sulfureux de la modification automatique de la lame du désert de la fête à la grenouille s’excite au moyen d’un heureux anniversaire.

L’Eubée hallucinatoire translucide rêve sur un banc de poissons.

Le Tournant

Man RAY, Le Tournant

L’arbre rêve au cœur du zigzag de l’intestin. Au-delà, le champ de foin vert et la montagne boivent l’horizon de lumière bleue. Les anges remplissent furieusement le ciel étouffé. L’émotion mélange le sentiment de découverte et le sentier creux avec la bête de l’avenir.

L’Aventure

Man RAY, L’Aventure

Au milieu de nulle part, les gargouilles du temple voyagent dans l’antre des péripéties formée par l’insonorisation fictive du lieu. Non loin de là, une silhouette fragile mais vive, livide mais vide, tourbillonne doucement, rendue éternellement muette par la lumière crue de l’astre du dénouement.