Le Discours du Délégué ©

Bonjour à tous !

En ce moment j’ai un peu laissé tomber mon roman pour une tragédie autobiographique de type classique, c’est-à-dire en alexandrins qui riment, mais aussi qui respecte la catharsis (règles du théâtre définies par Aristote), soient les règles des trois unités, de constance des caractères et de bienséance. C’est pour vous dire que je me mets (une fois de plus) la barre assez haut… Mais mon petit doigt me dit que je vais vite revenir au roman 😀 (Je m’y remets la semaine prochaine, promis !)

Cette pièce de théâtre, que je pense d’abord sortir sous forme de mono audio pour faciliter mon recrutement d’acteurs, évoque les histoires malheureuses que j’ai vécues depuis janvier 2017 et jusqu’à aujourd’hui avec deux jeunes filles de mon âge que j’aimais passionnément et qui ne partageaient pas mes sentiments. (Je les ai aimées une par une, ne vous inquiétez pas pour autant !!!)

Attention, ce contenu est strictement soumis au copyright jusqu’à nouvel ordre, et ne sera placé sous licence Creative Commons BY-NC-ND (licence utilisée par défaut pour le contenu de ce blog) qu’après sa parution officielle. Cela signifie que pour l’instant, vous ne pouvez que le lire et le partager avec votre cercle familial sous ce format.

Je vous laisse découvrir les deux premières scènes que j’ai décidé de vous livrer aujourd’hui. Et comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus ! Bonne lecture et bonnes vacances pour ceux qui ont comme moi la chance de prendre des congés. (Bon, enfin, je ne vais pas non plus me plaindre parce qu’on m’oblige à être en vacances 😀 )

Le Discours du Délégué

Dorian PÂQUET (2018)

Personnages (dans l’ordre d’apparition)

Louis, conseiller de Henri

Henri, lycéen, épris d’Anne

Anne, lycéenne, idole de Henri

Marguerite, amie d’Anne

L’action se déroule dans un lycée de mille élèves.

ACTE PREMIER

Scène première

Louis, Henri

(Bruits de pas dans du gravier)

Louis

Le Soleil vient à peine de se réveiller,

Et nous sommes à peine arrivés au lycée !

Par quelle affaire démarre cette journée ?

Pourquoi m’avez-vous à cette heure demandé ?

Puis-je mieux connaître cette conversation

Dont d’écouter vous me réclamez la mission ? (Un temps.)

Henri

Décidément, ça ne pouvait pas aller pire.

Ce triste coup de foudre a ruiné mon Empire.

Louis

Lequel ?

Henri

Celui où siégeaient tous mes sentiments.

Une simple demoiselle œuvre à mes tourments,

Et pourtant en mon cœur je la sais innocente,

Rêve tous les soirs de cette fille charmante,

Mais sans elle je ne manquerais de décence

Et ne serais en train de pleurer mes essences

Comme aujourd’hui.

Louis

——————-Monsieur, serait-il préférable

Que pour causer nous nous installions à table ?

Henri

Fort bien, asseyons-nous. (Ils s’assoient → plus de bruit de pas.)

Louis

————————–Dites-moi autre chose.

Quels événements vous rendent aussi morose ?

Henri

Je l’ai rencontrée il y a six mois à peine.

Elle est si ravissante qu’aussitôt me ramène

A me poser de grandes questions sur ma vie.

Je peux vous expliquer, désormais c’est fini.

Ne me torturez plus, Ô Diable, Ô viles Mânes !

Louis

Faites, je vous en prie.

Henri

————————-Elle s’appelle Anne.

Scène 2

Henri, Louis

Henri (Musique atmosphérique)

Ô Anne, mon Amour, fille tant espérée,

Si vous saviez comment de moi tu es aimée !

Vous me semblez si belle et si intelligente

Que je me crois épris d’une grande savante.

Vos beaux yeux noisette et vos regards envoûtants

M’ont fait innocemment découvrir le printemps

De mon cœur amoureux. Au Firmament je suis,

Quand debout, à côté de votre être, je vis !

De vos beaux yeux marron vous m’avez foudroyé ;

Anne, mon grand Amour, je veux vous épouser… (Plus de musique)

Louis

Hé, vous allez trop loin ! Il n’est pas si facile

D’épouser quelqu’un que vous savez puérile !

On ne décide pas si jeune d’épouser

Camarade qui ne peut personne apprécier

Comme vous le mentionnez dans ce texte enflammé.

Cela est, il me semble, un peu prématuré.

Et d’abord, le veut-elle ? Non, non, je vous en prie ;

Ne la questionnez plus, laissez-lui du répit.

Henri

J’en conviens, modifions. Ceci, trop explicite,

Pourrait me pousser à traiter de l’illicite. (Reprise de la même musique atmosphérique)

Ô Anne, mon Amour, oui, Anne, ma déesse,

Combien de fois pour vous ai-je pleuré mon ivresse ?

Comment dire « Je t’aime » ? Avecque la passion

Qui me fait souhaiter notre heureuse union ?

Mais il n’en sera rien ; je le sais à présent,

N’ai plus qu’à rejeter ardeurs et sentiments

Pour oublier tout ce que j’éprouve envers vous,

Pour qu’enfin, sans souffrir, je m’écarte de vous.

De plus, un voile épais entre en mon âme nue,

Sème en moi, près de vous, la peur de l’inconnu ;

Ce doux poème en vers, tous ces alexandrins,

Seraient suffisants pour obtenir votre main ?

Me permettront-ils de conquérir votre cœur ?

Ah, Anne, mon désir, mon amour, mon bonheur…

Et voilà ! Nous nous sommes rencontrés trop tôt.

C’est au Destin de nous réunir à nouveau.

Ainsi, tu as gagné ma confiance à ton tour.

L’histoire est terminée ; Adieu, sans retour ! (Plus de musique)

Louis

Ôtez-moi d’un très léger doute, je vous prie.

Vous n’allez pas donner ce poème aujourd’hui

A celle qui ne se sent pas encore prête ?

A l’amour, il faut que lentement elle s’apprête.

Henri

J’en suis conscient, et nous avons été amis

Pendant un long moment. Néanmoins, aujourd’hui,

Je ne sais pourquoi, mais je la sens plus distante

De moi. La jeune demoiselle éblouissante

Lègue au second plan un cœur qui tend à l’aimer

De plus en plus fort, de plus en plus décidé.

Louis

Vous avez le cœur grand, et beaucoup d’intuition,

Mais ce que vous faites dépasse la raison !

Et si vous essayiez de vous mettre à sa place ?

Elle est la plus intelligente de la classe

Et ne veut point entendre parler de garçon

Avant qu’elle ait atteint son âge de raison,

Bref, la majorité. Que peut-on dire d’autre

A votre cœur têtu qui n’écoute que lui ?

Henri

C’est vrai, je devrais me défaire de ceci.

Hélas, et je sais que c’est un fait dangereux,

Elle m’a envoûté – je suis amoureux.

Louis

Je vous dis d’oublier cet amour sans espoir !

Et revenez vers elle, mais sans vraiment la voir

Tant que vous n’aurez pas égaré vos ardeurs.

Henri

Hé, mon très cher ami, je dois partir sur l’heure.

Je vais en cent quatre1, un cours de Français m’attend.

Le Proviseur a dit que je dois partir tôt

Pour arriver à l’heure.

Louis

Eh bien, à très bientôt !

1 Il s’agit du numéro de la salle dans laquelle doit avoir lieu le cours de Français.

[RF] Des rêves et désespoirs (3) ©

Bonjour à tous,

Voici le chapitre suivant de mon projet de roman qui sera désormais intitulé Des rêves et désespoirs.

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Bonne lecture ! Et, surtout, comme ce roman n’est encore qu’un projet, n’hésitez pas à me donner vos impressions par le biais d’un commentaire à cet article. Merci ! 🙂

6

Le lendemain, à six heures précises, je me levai, m’habillai et pris mon petit-déjeuner en vitesse, bien que la nuit continue de planer sur la ville. J’attrapai mon sac, embrassai mes parents à la volée, et quitte l’appartement en trombe. Je savais exactement ce que j’envisageais de faire ce jour-là.

J’allais déclarer mes sentiments à Anna.

J’attendais ce jour depuis si longtemps… Depuis la rentrée, je pense. Depuis le jour où je sus vraiment qui elle était : une jeune fille belle, gentille, intelligente, mûre et ouverte d’esprit, et enfin si souriante… Je n’avais jamais croisé plus charmante adolescente qu’elle à ce stade de ma vie, et je crus même qu’elle serait la seule.

Non… j’en étais sûr.

Le soleil venait à peine de se lever lorsque j’arrivai au collège, comme tous les matins. Un avion passa au-dessus des bâtiments tandis que je traversais la cour, comme tous les matins. Quand je pensais que ce jour si banal allait changer ma vie…

Le cours de mathématiques me parut interminable, bien que je fus fort intéressé par la démonstration géométrique du théorème de Pythagore. D’habitude, j’aimais les maths, et je ne m’en lassais jamais. Mais aujourd’hui était un jour différent.

Enfin, la cloche sonna l’heure de la récréation. Je rangeai mes affaires tranquillement, mais à un rythme régulier et suffisamment rapide – pourvu que je sorte en même temps qu’Anna, afin de pouvoir l’aborder en toute humilité.

J’étais près de la porte. Soudain la Belle surgit de l’autre côté.

Je ne perdis pas une seconde. Je lui glissai à l’oreille :

– Anna, euh…

– Oui ?

– J’aimerais te dire quelque chose… quelque chose de très important.

La douce jeune fille s’arrêta un instant, légèrement intriguée. Elle ne savait pas encore que je risquais peut-être de bouleverser sa vie d’un moment à l’autre.

J’inspirai profondément et lâchai en essayant de paraître le plus décontracté possible :

– Voilà, Anna, ça fait des mois que j’aimerais te dire que…

Ma voix se figea. Je tentai un dernier effort.

– La vue de ton sourire me trouble profondément. C’est-à-dire… Enfin, oui, je sais, nous sommes amis, mais en plus de cela j’ai l’impression de vivre un autre sentiment, plus mystérieux, plus passionné…

Je suspends mon discours, pour lui laisser le temps d’assimiler ce que je suis en train de lui dire, et d’abord pour me laisser respirer une seconde fois.

– Je t’aime. Je veux dire… Je suis… très amoureux de toi.

Pendant une fraction de seconde, j’eus l’impression que ces paroles ne venaient pas de moi. Mon cœur battait si fort. Trop fort. Tout tournait autour de moi. J’attendais avidement sa réponse, tel un être vulnérable et fragile.

Nous étions dans la cour à cet instant.

Anna pencha d’abord la tête sur le côté, me fixant d’un regard quasi indescriptible, mêlé d’étonnement, de surprise et d’amitié. Puis ses joues s’enflammèrent. Elle plaqua sa main sur sa bouche, sans doute pour dissimuler un petit cri de surprise.

Un instant, je crus qu’elle se préparait mentalement à me sauter au cou en me répondant qu’elle aussi elle m’aimait, de tout son cœur, plus que je ne pouvais l’imaginer. Mais elle reste là, profondément troublée.

Elle me répondit d’une tendre petite voix :

« Excuse-moi de te dire ça, Émile, mais…je ne partage pas tes sentiments, tu sais… Enfin, pas vraiment… »

Je reçus cette déclaration comme un coup de poignard en plein cœur. Anna, mon amie de toujours, ne m’aimait donc pas ? Je l’avais tellement cru pourtant !

Je restai silencieux en la dévisageant d’un air interdit. Elle continua d’une voix tremblotante et mal assurée : « Je sais que nous sommes amis, mais… » Puis, fronçant les sourcils : « Je comprends. Tu as pris notre relation trop au sérieux, n’est-ce pas ? Je suis désolée, je n’aurais pas dû t’embrasser l’autre jour… »

Anna finit par se taire définitivement. Elle aussi paraissait mal à l’aise.

Des larmes d’enfant me montèrent brusquement aux yeux. J’avais la gorge sèche, et je sentais progressivement que je ne pourrais rester debout plus longtemps. Je manquai m’effondrer, mais des bras vigoureux et délicats me sauvèrent de la chute.

Il s’agissait des bras d’Anna.

Éperdument ému, j’éclatai en sanglots.

Pensées poétiques en lévitation bidirectionnelle

Champ-Sonnette (surréaliste)

Arbre en liquéfaction devant ombres douteuses,
Décidément, Manon, toi qui es amoureuse,
Fais, par pitié, que je rêve de ces choses
Qui sans prévenir me rend bien plus que morose.

Galante âme arrachée à la superstition,
Vous écourtez mes jours ainsi que ma raison.
Que faire sans ami, que faire sans amour,
Si la fin du monde n’est qu’un triste abat-jour ?

Douces pensées ténues, amies de ma mémoire,
Vous me laisserez toutes au bord du trottoir
De mon enfance ailée ;

Et pourtant apeuré, tout seul dans la nuit noire,
Mon poème me fait l’effet d’un grand miroir
Qui s’est tant fracturé !

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J’étais triste, tu vins heureux (réaliste)

Cher ami, j’étais triste devant cette offense
Qui retrouva ma chair et les âpres essences
De ma vie révolue.

Sombre ami de ma mère, mystérieux inconnu,
Je revois la première fois que je t’ai vu,
Tu étais tout en chair.

Le vent soufflait si fort que l’on n’entendait guère
Que le son des trompettes annonçant la guerre
Comme un cri de détresse.

Et le coq de bruyère, ayant peu de finesse,
Rappela vite à tous qui était leur ânesse,
Et s’en alla, joyeux.

Que d’amis tombés ! Ô misère, miséreux !
On n’entendait au loin plus que les coups de feu
Qui dehors faisaient rage.

Et toi, tu vins, heureux, si frais dans cet orage,
Et me contas les vœux des gens, dans le carnage
Qui dehors faisait rage.

Mon second album (Avec le Cœur 1) est sorti

Hello à tous mes fidèles auditeurs 🙂
Mon second album musical, dernier en date, intitulé Avec le Cœur 1, est sorti hier. Cet album regroupe une grande majorité de compositions pour piano. J’ai mis un « 1 » devant le titre car je sortirai le 2 dans quelques mois – ce dernier comportera davantage de chansons. La nouveauté 2018 : un titre en live !!! (Il s’agit de Rêve d’Amour.)
Vous pouvez d’ores et déjà écouter et télécharger l’album en cliquant sur ce lien : www.jamendo.com/album/176803/avec-le-coeur-1
+ 1 single : Nouveau Paysage, Robert Schumann
Je vous souhaite une très bonne écoute de mon nouvel album, en espérant que ma musique vous plaît toujours.
On se retrouve très bientôt (je pense en juillet) sur Jamendo à l’occasion de la sortie de Avec le Cœur 2 !

L’Europe après la Pluie

En pleine Seconde Guerre Mondiale, l’artiste franco-allemand Max Ernst peint son dégoût de la guerre, par l’image d’un paysage rongé par la tristesse et l’angoisse.

Titre : L’Europe après la pluie
Artiste : Max ERNST
Date : 1942
Dimensions : 148,2 x 54,9 cm
Matériaux : couleurs, papiers
Support : toile
Technique : décalcomanie
Localisation : Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Etats-Unis.

Ce tableau nous rend triste, nous désole. Tout semble détruit, déstructuré. Les tons de rouge et de gris transmettent de la souffrance et du désespoir. Ce paysage semble sorti de nulle part, il paraît inimaginable…ou du moins très lointain.

Mais au fait, qui est Max Ernst ?
Maximilien Ernst, né le 1er avril 1891 à Brühl, en Allemagne, et mort le 2 avril 1976 à Paris, est un essayiste et explorateur de l’art, en raison de ses multiples idées de créer des propos innovateurs pour le redéfinir. Peintre avant tout, mais aussi sculpteur et écrivain, il est considéré comme le précurseur, sinon l’un des artistes les plus influents des mouvements Dada et surréaliste. À la recherche constante de perfection dans les procédés artistiques qu’il utilise, il invente le « frottage », le « grattage », le « roman collage », des techniques qui s’apparentent à l’écriture automatique des surréalistes.
Max baigne dans l’univers artistique depuis sa tendre enfance, son père étant peintre. D’abord étudiant en philosophie, il abandonne ses études pour se consacrer uniquement à l’art. Il s’imagine alors faire revivre le collage du mouvement cubiste pour réaliser ses œuvres dadaïstes (issues du mouvement Dada). Il rejoint un groupe expressionniste et expose pour la première fois à Cologne en 1912, avant de partir pour Paris en 1913. Durant la Première Guerre Mondiale, Max Ernst sert dans l’armée allemande. En 1922, après avoir fondé le groupe dada de Cologne, qu’il revient à Paris et mène une carrière prolifique. Il expose ainsi au salon des Indépendants en 1923 et aux États-Unis en 1934. La Seconde Guerre mondiale conduit à l’arrestation de Max Ernst en 1939. Il réussit néanmoins à quitter la France et à rejoindre les États-Unis en 1941, où il travaille à l’expressionnisme abstrait. Onze ans plus tard, Max Ernst revient en France et se voit décerner le Grand Prix de la Biennale de Venise, qui conduit cependant à son exclusion du mouvement surréaliste. Il quitte alors définitivement Paris en 1955, mais continue ses créations. De nombreuses rétrospectives lui sont dédiées avant sa mort.

A présent, analysons ce tableau…
Le tableau montre un paysage chaotique, ravagé par une tempête particulièrement destructrice. L’artiste a voulu représenter ici l’horreur de la guerre, qui a tout ravagé sur son passage. Tout semble démoli, détruit, revenu d’un épisode extrêmement destructeur, qu’est la guerre (notons les innombrables débris qui jonchent le sol, ainsi que les roches et les êtres représentés dans un état lamentable). Les couleurs chaudes et sombres de ce tableau relèvent également de la souffrance. Les cadavres au sol représentent sans aucun doute le nombre astronomique de morts qu’a fait la Seconde Guerre Mondiale, comprenant les soldats, les civils, les Juifs, les Tziganes, etc. Le sommet de la roche centrale forme un buste féminin dans une longue robe, ce que l’on peut interpréter comme le point de vue de l’artiste sur la baisse importante de la population active de l’Allemagne (hommes en bonne santé entre 20 et 60 ans), donc la place croissante des femmes dans la société. L’abri tombant en ruine, attaché à la créature mi-homme mi-oiseau, symbolise peut-être l’état de la résistance, qui continue de combattre contre les nazis, malgré sa minorité et son instabilité. Le « saule pleureur » situé à droite en premier plan représente sans doute la tristesse des familles des soldats, civils ou Juifs tués dans la guerre. Max Ernst imagine donc l’état du paysage et de la société allemandes après la « pluie », soit la guerre. Le ciel haut et clair peut représenter le mince filet d’espoir, d’optimiste toujours présent après la guerre, même si l’on peut penser en majorité que tout est fini.

Dans quel contexte notre cher Max a-t-il peint son œuvre ?
En 1942, l’Europe est plongée dans la Seconde Guerre Mondiale. Certains artistes de l’époque expriment leur dégoût, leur pacifisme pour ce long conflit destructeur.
Max Ernst appartient au mouvement surréaliste. C’est un mouvement artistique et littéraire qui naît en France avant de s’étendre à l’Europe. Il est, à l’origine, proche du dadaïsme. L’orientation esthétique est théorisée en 1924 par l’écrivain André Breton (1896-1966) dans le premier Manifeste du Surréalisme. Les surréalistes sont influencés par la psychanalyse et l’univers du rêve. Les sujets picturaux se caractérisent pas d’étranges associations d’éléments qui donnent à voir ce que seule l’imagination peut créer : des mondes extraordinaires ou des réalités impossibles. On les retrouve dans l’œuvre de Max Ernst (1891-1976), Loplop présente une jeune fille (1930, Paris, Musée National d’Art Moderne) ou dans celle de Salvador Dali (1904-1989), Hallucination partielle. Six apparitions de Lénine sur un piano (1931, Paris, MNAM).
En 1942, toute l’Europe est occupée par l’Allemagne. Toute ? Toute ! Mais autour ? Deux pays peuplés d’irréductibles résistent encore et toujours à l’envahisseur : l’URSS et le Royaume-Uni. C’est également en 1942 qu’a lieu la conférence de Wansee, entraînant avec elle la mise en place des camps d’extermination réservés aux Juifs et aux Tziganes « recueillis » dans les pays occupés. Enfin, à partir de juin 1941, l’Allemagne attaque l’URSS, et en juillet 1942 a lieu la bataille de Stalingrad, où les russes s’en sortiront vainqueurs. Le Reich allemand est donc en pleine position d’attaque au moment où Max Ernst peint L’Europe après la pluie.

En conclusion ?
Max Ernst, par l’image d’un paysage et d’êtres ravagés par une « pluie » meurtrière, représente donc l’horreur de la guerre totale qui s’abat sur l’Europe à partir de 1939. Ce tableau suscite de la tristesse, du désespoir, de la désolation, et une vague impression de lointain, d’irréalité chez le spectateur.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, plusieurs artistes ont exprimé leur pacifisme. C’est le cas de Pablo Picasso, Otto Freundlich, Victor Brauner, Joseph Steib, Otto Dix, Charlotte Salomon, Boris Taslitzky, Georges Rouault (Homo Homini Lupus (Le pendu), 1944) et bien d’autres. Sur le thème de l’extermination, plus précisément la Shoah, citons Boltanski et David Olere. Néanmoins, on ne retrouve aucune œuvre de 1942 qui « anticipe » sur le concept d’anéantissement. La plupart sont postérieures à la guerre. Elles peuvent porter sur la Shoah mais aussi sur les bombes atomiques comme une œuvre musicale : Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Penderecki. D’autres parlent de la guerre du Pacifique, comme le roman de Akiyuki Nosaka La tombe des lucioles (1967), qui a donné vingt ans plus tard un film d’animation, Le tombeau des lucioles, réalisé par Isao Takahata.

Sources
Carte d’identité de l’œuvre : lewebpedagogique.com/waltersubtil/files/2010/02/fiche-HDA-max-Ernst.pdf
Biographie de Max Ernst : www.linternaute.com/biographie/max-ernst/, www.le-surrealisme.com/max-ernst.html
Contexte historique : Mon cours d’histoire de troisième
Courant artistique : sites.google.com/site/brevethistoiredesartscescamus/les-courants-artistiques
Conclusion (œuvres postérieures) : culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/l-art-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale-oeuvres-choisies-127741, fiche artiste (cours de troisième).

« La la land », Damien Chazelle (2016)


La La Land est un film musical américain écrit et réalisé par Damien Chazelle, mis en musique par Justin Hurwitz et interprété par Ryan Gosling et Emma Stone. Il est sorti en décembre 2016 aux États-Unis et en janvier 2017 en France. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise en août 2016, le film remporte un succès critique. Emma Stone, l’actrice principale, obtient quant à elle la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine. En janvier 2017, lors de la 74e cérémonie des Golden Globes, La La Land reçoit un record historique de sept récompenses, avant de recevoir quatorze nominations pour les Oscars 2017, égalant ainsi le record historique de Ève et de Titanic. Il remporte six des statuettes, dont celles du Meilleur Réalisateur pour Damien Chazelle et de la Meilleure Actrice pour Emma Stone, ainsi qu’une double consécration pour le compositeur Justin Hurwitz.
(fr.wikipedia.org/wiki/La_La_Land_(film))

Cette comédie romantique que j’ai vu il y a un mois déjà se résume au schéma suivant : féérie (rencontre amoureuse) -> réalisme (déception). Vous avez compris que je pense un peu au Grand Meaulnes. Cependant le titre et l’affiche semblent plutôt accentuer le côté onirique de l’intrigue : « un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d’un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor. […] La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune », décrit le cinéma Utopia de Montpellier. (cinemas-utopia.org/montpellier/index.php?id=2059&mode=film)

J’ai beaucoup aimé ce film empli de clins d’œil amicaux à toute la clique de la comédie musicale hollywoodienne, de 1950 aux années 70. La fin est assez surprenante car elle révèle le message principal du film, et réplique à l’idée de réaliser ses rêves à tout prix… On peut remarquer un grand travail aboutissant à l’élaboration de la musique ; le compositeur passe de la joie de vivre (Another Day of Sun) à la mélancolie pure et simple (Mia and Sebastian’s Theme) avec une virtuosité plutôt remarquable. A noter également, un gros travail qui a dû être consacré à la réalisation des costumes, dans l’ambiance folle des années 50. Nous ne pourrons jamais déterminer l’époque dans laquelle se déroule l’action, car les vêtements et véhicules des Trente Glorieuses font anachronisme avec la présence de smartphones et de caméras numériques par exemple. D’autre part, j’ai apprécié l’aspect artisanal du montage et des techniques de prises de vues qui témoignent d’une grande référence (encore !) englobant tout le film. La caméra est généralement portée à l’épaule, et là où le réalisateur aurait dû faire des raccords pour nous montrer une scène en deux parties séparées par un angle de 180°, eh bien non, il décide de faire tourner la caméra à toute vitesse pour osciller entre les deux lieux de l’action. Chazelle, pour faire une énième référence, ne peut pas s’empêcher d’ajouter à un montage « classique » (découpages nets ou fondus), des fins de scènes où un rond apparaît au centre de l’image et, diminuant de taille, englobe les visages des deux amants.

« Les couleurs [aussi sont] là pour nous raconter une histoire », ajoute Lola pour le numéro 4 de Joffre en page. « Au fur et à mesure du film, elles évoluent vers des tons plus ternes, plus « normaux », comme pour illustrer la désillusion des personnages et la transition du fantasme à la réalité. » (www.clemi.fr/fileadmin/user_upload/revuedepresse2017-lycees/RPL17_JOFFRE_EN_PAGE_4_119.pdf)

Pour les acteurs, il s’agit d’une belle performance artistique puisqu’ils ont dû apprendre à danser et à chanter spécialement pour La la land ; bravo Emma, bravo Ryan, vous avez fait du bon boulot. Même si je sens par moments quelques  imperfections, le résultat est quand même largement acceptable selon mon avis. Malgré une longueur qui peut être parfois un peu ennuyante (Epilogue), je vous recommande donc vivement ce tout nouveau « chef-d’œuvre » du septième art américain.