Citations

Voici les extraits d’œuvres littéraires francophones dont je vais m’inspirer pour écrire mon roman. Pour vous faire patienter, le temps que j’écrive tous les chapitres dans le bon ordre, et pour ne pas vous « spoiler » pour autant mon premier roman (ce serait trop bête), je vous les livre sans restriction. Cette fois, vous pouvez utiliser ces extraits de n’importe quelle manière puisqu’ils appartiennent tous, désormais, au domaine public.

Bonne lecture.

Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes

Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir.

Et c’est là que tout commença, environ huit jours avant Noël.

Puis la colère le prit ; puis l’orgueil et la joie profonde de s’être ainsi évadé, sans l’avoir voulu…

Meaulnes se trouvait là plongé dans le bonheur le plus calme du monde.

Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l’étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille ! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils fussent près de s’emplir de larmes.

Il lui parlait avec gaucherie, mais d’un ton si troublé, si plein de désarroi, qu’elle marcha plus lentement et l’écouta.

Elle hésita, le regarda un instant en souriant et dit :
– Mon nom ?… Je suis Mademoiselle Yvonne de Galais…

Et ils parlèrent un instant encore. Ils parlèrent lentement, avec bonheur – avec amitié.

Et alors la jeune fille, dans le lointain, au moment de se perdre à nouveau dans la foule des invités, s’arrêta et, se tournant vers lui, pour la première fois le regarda longuement. Était-ce pour lui défendre de l’accompagner ? Ou peut-être avait-elle quelque chose encore à lui dire ?…

Pour la première fois, Meaulnes sentit en lui cette légère angoisse qui vous saisit à la fin des trop belles journées.

Ce fut un nouvel hiver, aussi mort que le précédent avait été vivant d’une mystérieuse vie.

– Si ce jeune homme me voyait, il ne voudrait pas y croire, sans doute ?…
De la voir sourire, l’audace me prit et je sentis qu’il était temps de dire, en riant aussi :
– Et peut-être que ce grand jeune homme fou, je le connais, moi ?

Je prononçai donc ma phrase, qui était préparée pour l’instant d’avant, mais qui n’allait plus maintenant. Je dis, sans un geste, à peine en soulevant un peu la tête :
– Et si je venais t’annoncer que tout espoir n’est pas perdu ?…

Alphonse de LAMARTINE, Méditations poétiques, « Le Lac »

« O temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! […] »

Mais je demande en vain quelques minutes encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de bonheur ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, « Spleen et idéal », XXI

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone…

Gustave FLAUBERT, L’Éducation Sentimentale

Ce fut comme une apparition : Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux.

– Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh, je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !

VOLTAIRE, Zadig

Alors Astarté et Zadig se dirent tout ce que des sentiments longtemps retenus, tout ce que leurs malheurs et leurs amours pouvaient inspirer aux cœurs les plus nobles et les plus passionnés ; et les génies qui président à l’amour portèrent leurs paroles jusqu’à la sphère de Vénus.

Alphonse de LAMARTINE, Méditations poétiques, « Souvenir »

En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t’efface,
Ô dernier songe de l’amour !

[…]

Non, tu n’as pas quitté mes yeux;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.

[…]

Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n’a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.

[…]

Comme deux rayons de l’aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu’une âme, et je soupire encore !

Alphonse de LAMARTINE, « Vers sur un album »

Le livre de la vie est le livre suprême
Qu’on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix,
[…]
On voudrait revenir à la page où l’on aime,
Et la page où l’on meurt est déjà sous nos doigts !

Alphonse de LAMARTINE, La Chute d’un Ange, « Première vision »

Fais-moi mourir aussi, Dieu qui la fis mortelle !
Être homme ! quel destin !… oui, mais être aimé d’elle !
Mais aimer, être aimé ! s’échanger tour à tour !
Ah ! l’ange ne sait pas ce que c’est que l’amour !

Alphonse de LAMARTINE, La Chute d’un Ange, « Troisième vision »

Il vint ; et de ce jour la fille de Selma
Comprit de quel amour il l’aimait, et l’aima.

Montesquieu, Les Lettres persanes, VII

Je te le jure, Usbek : […] quand il me serait permis de choisir parmi tous les hommes qui vivent dans cette capitale des nations : Usbek, je te le jure, je ne choisirais que toi. Il ne peut y avoir que toi dans le Monde qui mérite d’être aimé.

[RF] Des Espoirs (2) ©

Bonjour à tous mes fidèles lecteurs !

Je vous livre (enfin !) les quatre chapitres suivants de mon projet actuel de roman ! Je n’ai qu’une seule recommandation à vous faire : faites-en bon usage en respectant le copyright appliqué à ce contenu, valable jusqu’à la date exacte de la publication officielle du roman (vous serez les premiers prévenus 😉 ).

Bonne lecture !

4

Le lendemain, je passai une journée merveilleuse.

La jeune fille qui faisait à présent partie intégrante de ma vie, resta avec moi quasiment toute la journée – bien que nous étions entourés de son groupe de pairs habituel – et me traita comme un ami, un confident, presque un frère. Pour ma part, je me contentais de sa simple compagnie, et de recevoir les compliments qu’elle m’offrait généreusement, en feignant de ne pas remarquer que je rougissais jusqu’aux oreilles, surtout quand elle approchait sa bouche de mon oreille pour me souffler quelque délicieux secret. Je lui retournais presque aussitôt le compliment, non sans embarras et quelques difficultés d’élocution.

Toute la journée, mon cœur battit une chamade endiablée, et mes jambes étaient pareilles à du coton effiloché.

C’est pensif et heureux que je m’apprêtais à quitter le collège, quand la belle Anna Simonin me lança joyeusement :

– Salut Émile, on se revoit demain.

Puis, en s’approchant :

– Nous avons passé une superbe journée tous les deux, ajouta-t-elle. En fait, Émile, tu es vraiment bien comme garçon. Je t’aime bien, tu sais.

C’est à ce moment-là qu’elle accomplit le geste que je n’oublierais jamais par la suite ; elle s’approcha de moi timidement et déposa un court, mais tendre baiser sur ma joue gauche.

Époustouflé, émerveillé, le souffle court, ne comprenant pas moi-même ce qui m’arrivait, je regardais le profil de cette virevoltante jeune fille qui s’éloignait, sautillant innocemment, mais sans doute certaine que quelqu’un l’observait.

Je restai là bêtement, pendant bien des secondes – bien des minutes, en essayant de retrouver et de revivre éternellement ce coin de paradis que la jeune fille de mes pensées venait de m’offrir.

Soudain, frappé par un éclair lumineux qui venait de me ramener aussitôt à la réalité, je me mis à courir pour sortir juste avant la fermeture du portail.

Je ne fis pas mon détour quotidien par la gare ce soir-là.

5

– C’est évident, ça n’a pas pu se passer autrement.

Anna afficha un air soucieux, les sourcils froncés, en continuant sa tirade.

– Il y a beaucoup trop d’indices qui confirment cette thèse, ajouta mon amie. D’abord, le dentifrice retrouvé sur la bouche de la victime. Ensuite, le coup de l’interphone dans la salle à manger.

– Enfin, cette femme battue, complétai-je, rendue éternellement muette par la lumière crue de l’astre du dénouement…

Ma meilleure amie haussa les épaules avec un regard en coin et un sourire qui m’étaient destinés, en raison de ma poésie surréaliste et quelquefois douteuse.

– Il s’agit de ne pas se tromper, rappela-t-elle. C’est une véritable affaire de meurtre, pas une partie de Cluedo.

Le téléphone sonna. Je me précipitai au poste et décrochai le combiné que je mis aussitôt sur écoute.

– Allô !

– C’est Gérard !

– Oui…

– Pouvez-vous m’amener Billy, s’il vous plaît ? J’ai besoin de lui, je crois que je suis sur une piste supplémentaire.

– Je vous l’envoie. Billy ! appelai-je en haut de l’escalier.

« Billy » descendit et vint se poster près de moi, comme s’il avait quelque chose de très important à me dire, mais je ne lui en laissai pas le temps – décision que je regretterais plus tard.

– Billy, va causer avec ton ami Gérard, s’il te plaît. J’ai entendu dire qu’il avait besoin de ton aide.

– D’accord, fit mon interlocuteur en s’éclipsant.

– Bon, Marie… soupirai-je en revenant vers Anna. Où en étions-nous ?

– A la femme muette, répondit ma camarade en me faisant un clin d’œil.

– Ah, oui, fis-je distraitement, l’air de rien.

– Un problème nous résiste encore cependant : nous ne sommes pas sûrs du fait que le meurtrier soit réellement passé de la salle de bains à l’antichambre, et pourtant, cela s’avère nécessaire lorsqu’il s’agit de tuer une personne située dans le couloir, cinq minutes avant le crime. Une fois ce problème résolu, nous pourrons commencer à interroger les suspects.

J’approuvais en hochant la tête.

– C’est tout pour aujourd’hui ! claironna Marion, ma professeure de théâtre.

Anna et moi nous tournâmes vers elle, stoppant toute activité.

Excusez-moi, mais je n’ai pas vu le temps passer, poursuivit-elle. Nous reprendrons la semaine prochaine, ne vous inquiétez pas. Et n’oubliez pas de ranger la chaise avec le téléphone dans le local du fond. A jeudi prochain ! dit-elle tout en rangeant ses papiers.

Jean – l’acteur dans le rôle de Billy – et Maxence – dans le rôle de Gérard – nous rejoignirent, et nous nous activâmes autour du décor afin de le dissoudre pour une énième fois.

6

« Anna ? »

J’appelai d’une voix timide mon amie, que j’apercevais à quelques mètres de moi malgré un épais brouillard qui troublait ma vue.

« Oui ? »

La jeune fille me répondit avec un sourire franc et amical, comme toujours, mais cette fois plus étrange, comme si nous étions tous les deux sur une autre planète, ou peut-être même dans une autre galaxie, un autre univers.

Ce sourire me fit brusquement rendre compte que nous étions dans une grande pièce entièrement blanche, vide et silencieuse. Nos voix nous parvenaient sous forme d’éclats à peine perceptibles à l’oreille.

Un peu incommodé par ce silence étonnant, mais surtout obnubilé par ce que j’étais sur le point de dire à la jeune fille qui se tenait debout, devant moi, sans ciller, je lui adressai à nouveau la parole, d’une voix sans écho, en rougissant.

– J’aimerais te dire quelque chose… Quelque chose de très important.

– Mmm ?

Anna arbora toujours son mystérieux sourire, tandis que je m’affolais de la neutralité et de l’aspect impassible de la situation. Ces murs, blancs comme la neige, ne renvoyaient aucun écho ; Anna, malgré son interactivité avec moi, semblait figée et éternellement interdite ; je pensais être en effet le seul véritable élément vivant dans cette scène à l’apparence douteuse.

J’avais l’impression de réfléchir à toute vitesse, bien que je ne fisse que des efforts simples et naturels, enfin tout ce qu’il y avait de plus normal.

Anna s’approcha lentement de moi et, contre toute attente, je me sentis légèrement oppressé, comme si je pressentais que la jeune fille qui se présentait devant moi n’était pas la vraie Anna, du moins qu’elle n’était pas celle que je connaissais.

Cependant, mes angoisses s’évanouirent bien vite lorsque je me décidai à lui dire, le cœur battant :

– Écoute, Anna, je t’aime et je sais que dans un certain sens je t’ai toujours aimé, c’est pourquoi j’aimerais t’épouser, que l’on fonde une famille et que l’on vive heureux ensemble.

– Oh oui ! J’aimerais tellement vivre cela avec toi, me répondit-elle dans un soupir, en se logeant dans mon sein.

Attiré par une force irrésistible, j’entourai de mes bras le corps transparent de la grande jeune fille, le souffle coupé et extrêmement heureux. Pourtant, cette impression de mutisme implicite me tenaillait toujours ; pourquoi Anna me répondait-elle comme si le dialogue était écrit à l’avance ? Pourquoi approuvait-elle ma déclaration d’amour comme si je lui avais demandé de jouer à la marelle avec moi ?

J’étais profondément heureux, mais aussi très troublé. Enfin, lorsque je sentis ses lèvres chaudes contre les miennes, je ne pus m’empêcher de lui répondre par un grand sourire, avant de l’embrasser comme je ne l’aurais jamais fait avec une autre jeune fille de mon âge, et le bonheur finit par triompher en mon cœur amoureux.

C’est à la fin de ce délicieux baiser long et langoureux, que je m’évertuai à lui conter ce qu’elle valait à mes yeux, avec toujours ce sentiment indescriptible d’amour et de bonheur.

La tête appuyée sur mon épaule, la jeune fille de mes rêves commença à répéter doucement mon prénom. Charmé par cette initiative, je me mis à lui caresser le dos en signe d’approbation, tout en énonçant son nom en même temps qu’elle me donnait le mien. Mon contact merveilleux avec son dos fragile me fit perdre la tête un instant, avant de me plonger dans un sommeil profond et serein.

A mon réveil, je m’aperçus que mon amante répétait mon prénom de plus en plus fort. Le ton de sa voix semblait rester le même ; seul le volume de sa voix augmentait constamment, me donnant l’impression que tout se refermait sur moi-même. Ce sentiment d’angoisse que j’éprouvais juste avant notre étreinte m’assaillit à nouveau. Je me sentais en proie à un danger imminent, mais imperceptible. J’étais horrifié.

Instinctivement, je repoussai d’un geste brutal l’être que je ne reconnaissais plus. Je projetai « Anna » à au moins mille mètres avec une violence inouïe que je ne m’étais jamais découverte jusqu’alors. Je ne saurais déterminer précisément la distance qui nous séparait à la fin de mon accès de colère ; je la projetai si fort qu’elle disparut dans le lointain.

Malgré tout cela, la voix poursuivait son étrange augmentation de volume, comme si tous mes efforts ne l’empêcheraient jamais de progresser. Elle devenait peu à peu presque robotisée, Le bruit incessant ne voulait pas s’arrêter, quand soudain, tandis que je restais terrifié et me posais plein de questions, un gigantesque trou noir avala d’un coup toute la pièce qui me paraissait pourtant sans fin, ainsi que son maigre contenu. J’étais en train de me demander si j’avais moi-même été englouti par le trou noir quand je me retrouvai par je ne sais quel procédé dans mon lit, tout en sueur, avant même d’avoir compris ce qui m’était arrivé. D’une voix étouffée par la cloison qui séparait ma chambre de la salle à manger, ma mère m’appelait :

« Émile ! Émile !? Lève-toi !!! »

A ce moment précis, mes idées étaient – je dois le dire – fort peu claires. Je pris presque une minute entière pour réaliser que ce n’était qu’un rêve, plus de temps pour m’en convaincre, et plus de temps encore pour m’en persuader. Ce songe me trotta dans la tête toute la journée, et même la matinée de celle qui suivit.

7

Le lendemain, à six heures précises, je me levai, m’habillai et pris mon petit-déjeuner en vitesse, bien que la nuit continue de planer sur la ville. J’attrapai mon sac, embrassai mes parents à la volée, et quitte l’appartement en trombe. Je savais exactement ce que j’envisageais de faire ce jour-là.

J’allais déclarer mes sentiments à Anna.

J’attendais ce jour depuis si longtemps… Depuis la rentrée, je pense. Depuis le jour où je sus vraiment qui elle était : une jeune fille belle, gentille, intelligente, mûre et ouverte d’esprit, et enfin si souriante… Je n’avais jamais croisé plus charmante adolescente qu’elle à ce stade de ma vie, et je crus même qu’elle serait la seule.

Non… j’en étais sûr.

Le soleil venait à peine de se lever lorsque j’arrivai au collège, comme tous les matins. Un avion passa au-dessus des bâtiments tandis que je traversais la cour, comme tous les matins. Quand je pensais que ce jour si banal allait changer ma vie…

Le cours de mathématiques me parut interminable, bien que je fus fort intéressé par la démonstration géométrique du théorème de Pythagore. D’habitude, j’aimais les maths, et je ne m’en lassais jamais. Mais aujourd’hui était un jour différent.

Enfin, la cloche sonna l’heure de la récréation. Je rangeai mes affaires tranquillement, mais à un rythme régulier et suffisamment rapide – pourvu que je sorte en même temps qu’Anna, afin de pouvoir l’aborder en toute humilité.

J’étais près de la porte. Soudain la Belle surgit de l’autre côté.

Je ne perdis pas une seconde. Je lui glissai à l’oreille :

– Anna, euh…

– Oui ?

– J’aimerais te dire quelque chose…quelque chose de très important.

La douce jeune fille s’arrêta un instant, légèrement intriguée. Elle ne savait pas encore que je risquais peut-être de bouleverser sa vie d’un moment à l’autre.

J’inspirai profondément et lâchai en essayant de paraître le plus décontracté possible :

– Voilà, Anna, ça fait des mois que j’aimerais te dire que…

Ma voix se figea. Je tentai un dernier effort.

– Je t’aime. Je veux dire… Je suis…très amoureux de toi.

Pendant une fraction de seconde, j’eus l’impression que ces paroles ne venaient pas de moi. Mon cœur battait si fort. Trop fort. Tout tournait autour de moi. J’attendais avidement sa réponse, tel un être vulnérable et fragile.

Nous étions dans la cour à cet instant.

Anna pencha d’abord la tête sur le côté, me fixant d’un regard quasi indescriptible, mêlé d’étonnement, de surprise et d’amitié. Puis elle devint tout à coup rouge comme une tomate. Ses joues s’enflammèrent. Elle plaqua sa main sur sa bouche, sans doute pour dissimuler un petit cri de surprise.

Un instant, je crus qu’elle se préparait mentalement à me sauter au cou en me répondant qu’elle aussi elle m’aimait, de tout son cœur, plus que je ne pouvais l’imaginer. Mais elle reste là, profondément troublée.

Elle me répondit d’une tendre petite voix :

« Excuse-moi de te dire ça, Émile, mais…je ne partage pas tes sentiments, tu sais… Enfin, pas vraiment… »

Je reçus cette déclaration comme un coup de poignard en plein cœur. Anna, mon amie de toujours, ne m’aimait donc pas ? Je l’avais tellement cru pourtant !

Je restai silencieux en la dévisageant d’un air interdit. Elle continua d’une voix tremblotante et mal assurée : « Je sais que nous sommes amis, mais… » Puis, fronçant les sourcils : « Je comprends. Tu as pris notre relation trop au sérieux, n’est-ce pas ? Je suis désolée, je n’aurais pas dû t’embrasser l’autre jour… »

Anna finit par se taire définitivement. Elle aussi paraissait mal à l’aise.

Des larmes d’enfant me montèrent brusquement aux yeux. J’avais la gorge sèche, et je sentais progressivement que je ne pourrais rester debout plus longtemps. Je manquai m’effondrer, mais des bras vigoureux et délicats me sauvèrent de la chute.

Il s’agissait des bras d’Anna.

Éperdument ému, j’éclatai en sanglots.

8

– Marie ?

Anna se tourna vers moi. J’étais dans un coin de la salle, adossé au mur. Tous les autres étaient partis, un profond silence régnait dans la pièce. Un vieux projecteur poussiéreux, usé mais tenace, m’éclairait d’en haut. Tout le reste de la salle était plongé dans l’obscurité. En me rejoignant, la jeune fille entra dans un bain de lumière artificielle.

– Je suis ravi d’avoir, une fois de plus, travaillé avec toi sur une enquête aussi passionnante, lui déclarai-je en lui tenant tendrement les mains.

La demoiselle sourit timidement. Elle serra plus fort mes mains, comme si je devais ressentir dans ma chair ses doigts fins.

Nous restâmes un moment ainsi. Je n’osais reprendre la parole avant qu’elle ne me l’eût accordée. Après une dizaine de secondes, Anna releva la tête et la pencha légèrement sur le côté, en affichant un petit air perplexe. Son regard voulait dire quelque chose comme « Moi aussi, mais où veux-tu en venir ? » Ainsi fus-je convaincu de continuer. Je lâchai péniblement :

– Tu es sûre que c’est vraiment fini… entre nous, je veux dire… ?

La demoiselle vérifia que personne ne nous écoutait. Puis, un peu gênée, elle s’écarta un peu de moi, m’examina des pieds à la tête, les sourcils froncés, et tenta de me faire revenir à la raison :

– Voyons, Paul, bien sûr que non ! Nous restons collègues, nous travaillons ensemble, et moi aussi, je suis heureuse de travailler à tes côtés.

Elle ajouta avec un sourire amusé :

– Tu auras toujours ta bonne vieille Marie pour t’aider à résoudre les enquêtes les plus difficiles !

Largement convaincu, mais très peu persuadé par ses paroles, je souris à demi, tête basse, et congédiai ma « collègue » d’un geste. Soudain, une crise d’euphorie me prit, et je relevai la tête, le regard vague, et en souriant jusqu’aux oreilles cette fois. Je balayai la pièce noire et vide du regard, et bien qu’à moitié ébloui par la lumière du projecteur, d’un seul coup, tout s’envola. L’horizon s’étalait devant moi comme un avenir que l’on oserait enfin atteindre avec succès.

J’étais déjà en train de rêver lorsque le rideau se ferma, illustre séparation de l’imaginaire et du néant réaliste.

Mon deuxième album (Avec le Cœur) est sorti !

www.jamendo.com/album/178398/avec-le-coeur

Hello à tous mes fidèles auditeurs 🙂

Mon second album, intitulé Avec le Cœur, à l’image de l’année 2017 qui fut pour moi riche en sentiments et en émotions (pas toutes positives, d’ailleurs), est sorti chez Jamendo il y a cinq minutes. Douze ans déjà se voulant être l’album de mes douze ans, Avec le Cœur sera celui de mes quatorze ans, et vous noterez bien qu’il existe de grandes différences entre ces deux albums. En effet, durant toute la durée de ce projet, j’ai tenté de séduire successivement deux jeunes filles de mon âge dont je m’étais épris, sans succès (Je ne t’ai pas oubliée). J’ai également tenté de me faire des amis, malgré mes relations affectives que je qualifierais de chaotiques. Au fur et à mesure de mes sorties occasionnelles, je cherchais par nécessité des jeunes filles d’à peu près mon âge, que je ne pouvais plus quitter des yeux. D’autre part, tout en achevant la découverte du monde qui m’entoure, j’ai commencé à m’intéresser à la politique et à défendre extérieurement la cause environnementale (Les Échologistes). D’un côté plus personnel, j’ai peu à peu affiné mon projet professionnel et exploité jusqu’à un quasi maximum mon potentiel artistique, en commençant par la poésie, puis par la composition instrumentale. J’ai testé de nouveaux moyens techniques et technologiques pour perfectionner mes enregistrements, tels que l’ajout d’autres instruments en plus de mon piano, ainsi que le montage audio, en testant différents logiciels au point de savoir les maîtriser totalement et de savoir choisir l’outil le plus adéquat pour chaque morceau. Les nouveautés : un titre en live (Rêve d’Amour) et mon interprétation personnelle d’un grand classique (Sonate n°14 Op. 27 n°2 « Quasi una fantasia », L. Van Beethoven). Je pourrais encore vous parler très longuement de la réalisation de cet album, mais je pense que cet endroit n’y est pas tout à fait approprié… Écoutez plutôt.

Vous pouvez d’ores et déjà écouter et télécharger l’album en cliquant sur ce lien : www.jamendo.com/album/178398/avec-le-coeur

+ 1 single (sorti le mois dernier) : Nouveau Paysage, Robert Schumann

Je vous souhaite une très bonne écoute de mon nouvel album, en espérant que ma musique vous plaît toujours.

Poésie de vacances

La toilette

Face au miroir de sa chambrée,
Une femme fait sa toilette :
Dispose d’abord ses lunettes
Sur son front vif et coloré.

Ensuite, elle enfile une robe
Et puis dispose sur ses lobes
Deux charmantes boucles d’oreilles.
Devant sa glace, elle s’émerveille.

Elle poursuit par sa parure
Pour rehausser sa beauté pure :
De jolies perles de culture,
Prête à partir pour l’aventure,
Une bague ornée de diamants
Pour compléter son chapeau blanc.

Pour terminer – car il est tard
Et son mari l’attend au bar – ,
Sur le globe de ses yeux noirs,
Elle dépose un plaisant fard ;
Puis elle ferme les paupières
Pour chasser le froid de l’hiver.

L’amour fait-il notre bonheur ?

Trouvons, en l’amour, le bonheur,
Ce sentiment d’être à toute heure
Enivré par une liqueur
Cédée par notre esprit rêveur
Qui désormais jamais ne pleure
Comme un arbre, un saule pleureur,
Sur la berge, près des rameurs.

Toutes les civilisations
Exécutent cette mission –
Celle de s’adorer sans cesse
Et profiter de cette ivresse.

Cependant, seule une partie
Respecte les ardeurs amies
De tous leurs bons individus,
Une fois leur charme mis à nu.

A tout moment et en tout lieu,
Ils se rencontrent, deux par deux,
Selon leurs liens et leurs attraits.
Là, Cupidon tire un long trait
Qui, dès lors, allume un grand feu
Qui unit les deux amoureux.

Si cet amour est passionné
Et s’ils peuvent se supporter,
Les amants décident alors
De s’adorer jusqu’à la mort.

A l’unisson, leur cœur fourmille.
Puis, ils fondent une famille.
Ils vont sur le même chemin
Et prennent leur destin en main.

Le Discours du Délégué – Première partie ©

Bonjour à tous !

En ce moment j’ai un peu laissé tomber mon roman pour une tragédie autobiographique de type classique, c’est-à-dire en alexandrins qui riment, mais aussi qui respecte la catharsis (objectifs de la tragédie selon le philosophe grec Aristote), les règles des trois unités, de constance des caractères et de bienséance. C’est pour vous dire que je me mets (une fois de plus) la barre assez haut… Mais mon petit doigt me dit que je vais vite revenir au roman 😀 (Je m’y remets la semaine prochaine, promis !)

Cette pièce de théâtre, que je pense d’abord sortir sous forme de mono audio pour faciliter mon recrutement d’acteurs, évoque les histoires malheureuses que j’ai vécues depuis janvier 2017 et jusqu’à aujourd’hui avec deux jeunes filles de mon âge que j’aimais passionnément et qui ne partageaient pas mes sentiments. (Je les ai aimées une par une, ne vous inquiétez pas pour autant !!!)

Attention, ce contenu est strictement soumis au copyright jusqu’à nouvel ordre, et ne sera placé sous licence Creative Commons BY-NC-ND (licence utilisée par défaut pour le contenu de ce blog) qu’après sa parution officielle. Cela signifie que pour l’instant, vous ne pouvez que le lire et le partager avec votre cercle familial sous ce format.

Je vous laisse découvrir les deux premières scènes que j’ai décidé de vous livrer aujourd’hui. Et comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus ! Bonne lecture et bonnes vacances pour ceux qui ont comme moi la chance de prendre des congés. (Bon, enfin, je ne vais pas non plus me plaindre parce qu’on m’oblige à être en vacances 😀 )

Le Discours du Délégué

Dorian PÂQUET (2018)

Personnages (dans l’ordre d’apparition)

Louis, conseiller de Henri

Henri, lycéen, épris d’Anne

Anne, lycéenne, idole de Henri

Emmanuelle, amie d’Anne

Gérard, « ami » (ennemi) de Henri

La scène est dans un lycée de mille élèves.

ACTE PREMIER

Scène première

Louis, Henri

(Bruits de pas dans du gravier)

Louis

Le Soleil vient à peine de se réveiller,

Et nous sommes à peine arrivés au lycée !

Par quelle affaire démarre cette journée ?

Pourquoi m’avez-vous à cette heure demandé ?

Puis-je mieux connaître cette conversation

Dont d’écouter vous me réclamez la mission ? (Un temps.)

Henri

Décidément, ça ne pouvait pas aller pire.

Ce triste coup de foudre a ruiné mon Empire.

Louis

Lequel ?

Henri

————  Celui où siégeaient tous mes sentiments.

Une simple demoiselle œuvre à mes tourments,

Et pourtant en mon cœur je la sais innocente,

Rêve tous les soirs de cette fille charmante,

Mais sans elle je ne manquerais de décence

Et ne serais en train de pleurer mes essences

Comme aujourd’hui.

Louis

——————————— Monsieur, serait-il préférable

Que pour causer nous nous installions à table ?

Henri

Fort bien, asseyons-nous. (Ils s’assoient, donc plus de bruit de pas.)

Louis

————————————–  Dites-moi autre chose.

Quels événements vous rendent aussi morose ?

Henri

Je l’ai rencontrée il y a six mois à peine.

Elle est si ravissante qu’aussitôt me ramène

A me poser de grandes questions sur ma vie.

Je peux vous expliquer, désormais c’est fini.

Ne me torturez plus, Ô Diable, Ô viles Mânes !

Louis

Faites, je vous en prie.

Henri

———————————  Elle s’appelle Anne.

Scène 2

Henri, Louis

Henri (Musique atmosphérique)

Ô Anne, mon Amour, fille tant espérée,

Si vous saviez comment de moi tu es aimée !

Vous me semblez si belle et si intelligente

Que je me crois épris d’une grande savante.

Vos beaux yeux noisette et vos regards envoûtants

M’ont fait innocemment découvrir le printemps

De mon cœur amoureux. Au Firmament je suis,

Quand debout, à côté de votre être, je vis !

De vos beaux yeux marron vous m’avez foudroyé ;

Anne, mon grand Amour, je veux vous épouser… (Plus de musique)

Louis

Hé ! vous allez trop loin ! Il n’est pas si facile

D’épouser quelqu’un que vous savez puérile !

On ne décide pas si jeune d’épouser

Camarade qui ne peut personne apprécier

Tel vous le mentionnez dans ce texte enflammé.

Cela est, il me semble, un peu prématuré.

Et d’abord, le veut-elle ? Non, non, je vous en prie ;

Ne la questionnez plus, laissez-lui du répit.

Henri

J’en conviens, modifions. Ceci, trop explicite,

Pourrait me pousser à traiter de l’illicite. (Reprise de la même musique atmosphérique)

Ô Anne, mon Amour, oui, Anne, ma déesse,

Combien de fois pour vous ai-je pleuré mon ivresse ?

Comment dire « Je t’aime » ? Avecque la passion

Qui me fait souhaiter notre heureuse union ?

Mais il n’en sera rien ; je le sais à présent,

N’ai plus qu’à rejeter ardeurs et sentiments

Pour oublier tout ce que j’éprouve envers vous,

Pour qu’enfin, sans souffrir, je m’écarte de vous.

De plus, un voile épais entre en mon âme nue,

Sème en moi, près de vous, la peur de l’inconnu.

Ce doux poème en vers, tous ces alexandrins,

Seraient suffisants pour obtenir votre main ?

Me permettront-ils de conquérir votre cœur ?

Ah, Anne, mon désir, mon amour, mon bonheur…

Et voilà ! Nous nous sommes rencontrés trop tôt.

C’est au Destin de nous réunir à nouveau.

Ainsi, tu as gagné ma confiance à ton tour.

L’histoire est terminée ; Adieu, sans retour ! (Plus de musique)

Louis

Ôtez-moi d’un très léger doute, je vous prie.

Vous n’allez pas donner ce poème aujourd’hui

A celle qui ne se sent pas encore prête ?

A l’amour, il faut que lentement elle s’apprête.

Henri

J’en suis conscient, et nous avons été amis

Pendant un long moment. Néanmoins, aujourd’hui,

Je ne sais pourquoi, mais je la sens plus distante

De moi. La jeune demoiselle éblouissante

Lègue au second plan un cœur qui tend à l’aimer

De plus en plus fort, de plus en plus décidé.

Louis

Vous avez le cœur grand, et beaucoup de passion,

Mais ce que vous faites dépasse la raison !

Et si vous essayiez de vous mettre à sa place ?

Elle est la plus intelligente de la classe

Et ne veut point entendre parler de garçon

Avant qu’elle ait atteint son âge de raison,

Bref, la majorité. Que peut-on ajouter, fi !

A votre cœur têtu qui n’écoute que lui ?

Henri

C’est vrai, je devrais me défaire de ceci.

Hélas, et je sais que c’est un fait dangereux,

Elle m’a envoûté – je suis amoureux.

Louis

Je vous dis d’oublier cet amour sans espoir !

Et revenez vers elle, mais n’allez point la voir

Tant que vous n’aurez pas balayé vos ardeurs.

Henri

Hé, mon très cher ami, je dois partir sur l’heure.

Je vais en cent quatre1, un cours de Français m’attend.

Le Proviseur me dit que je dois partir tôt

Pour arriver à l’heure.

Louis

—————————— Eh bien, à très bientôt !

1 Il s’agit du numéro de la salle dans laquelle doit avoir lieu le cours de Français.

Pensées poétiques en lévitation bidirectionnelle

Champ-Sonnette (surréaliste)

Arbre en liquéfaction devant ombres douteuses,
Décidément, Manon, toi qui es amoureuse,
Fais, par pitié, que je rêve de ces choses
Qui sans prévenir me rend bien plus que morose.

Galante âme arrachée à la superstition,
Vous écourtez mes jours ainsi que ma raison.
Que faire sans ami, que faire sans amour,
Si la fin du monde n’est qu’un triste abat-jour ?

Douces pensées ténues, amies de ma mémoire,
Vous me laisserez toutes au bord du trottoir
De mon enfance ailée ;

Et pourtant apeuré, tout seul dans la nuit noire,
Mon poème me fait l’effet d’un grand miroir
Qui s’est tant fracturé !

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J’étais triste, tu vins heureux (réaliste)

Cher ami, j’étais triste devant cette offense
Qui retrouva ma chair et les âpres essences
De ma vie révolue.

Sombre ami de ma mère, mystérieux inconnu,
Je revois la première fois que je t’ai vu,
Tu étais tout en chair.

Le vent soufflait si fort que l’on n’entendait guère
Que le son des trompettes annonçant la guerre
Comme un cri de détresse.

Et le coq de bruyère, ayant peu de finesse,
Rappela vite à tous qui était leur ânesse,
Et s’en alla, joyeux.

Que d’amis tombés ! Ô misère, miséreux !
On n’entendait au loin plus que les coups de feu
Qui dehors faisaient rage.

Et toi, tu vins, heureux, si frais dans cet orage,
Et me contas les vœux des gens, dans le carnage
Qui dehors faisait rage.