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L’Europe après la Pluie

En pleine Seconde Guerre Mondiale, l’artiste franco-allemand Max Ernst peint son dégoût de la guerre, par l’image d’un paysage rongé par la tristesse et l’angoisse.

Titre : L’Europe après la pluie
Artiste : Max ERNST
Date : 1942
Dimensions : 148,2 x 54,9 cm
Matériaux : couleurs, papiers
Support : toile
Technique : décalcomanie
Localisation : Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Etats-Unis.

Ce tableau nous rend triste, nous désole. Tout semble détruit, déstructuré. Les tons de rouge et de gris transmettent de la souffrance et du désespoir. Ce paysage semble sorti de nulle part, il paraît inimaginable…ou du moins très lointain.

Mais au fait, qui est Max Ernst ?
Maximilien Ernst, né le 1er avril 1891 à Brühl, en Allemagne, et mort le 2 avril 1976 à Paris, est un essayiste et explorateur de l’art, en raison de ses multiples idées de créer des propos innovateurs pour le redéfinir. Peintre avant tout, mais aussi sculpteur et écrivain, il est considéré comme le précurseur, sinon l’un des artistes les plus influents des mouvements Dada et surréaliste. À la recherche constante de perfection dans les procédés artistiques qu’il utilise, il invente le « frottage », le « grattage », le « roman collage », des techniques qui s’apparentent à l’écriture automatique des surréalistes.
Max baigne dans l’univers artistique depuis sa tendre enfance, son père étant peintre. D’abord étudiant en philosophie, il abandonne ses études pour se consacrer uniquement à l’art. Il s’imagine alors faire revivre le collage du mouvement cubiste pour réaliser ses œuvres dadaïstes (issues du mouvement Dada). Il rejoint un groupe expressionniste et expose pour la première fois à Cologne en 1912, avant de partir pour Paris en 1913. Durant la Première Guerre Mondiale, Max Ernst sert dans l’armée allemande. En 1922, après avoir fondé le groupe dada de Cologne, qu’il revient à Paris et mène une carrière prolifique. Il expose ainsi au salon des Indépendants en 1923 et aux États-Unis en 1934. La Seconde Guerre mondiale conduit à l’arrestation de Max Ernst en 1939. Il réussit néanmoins à quitter la France et à rejoindre les États-Unis en 1941, où il travaille à l’expressionnisme abstrait. Onze ans plus tard, Max Ernst revient en France et se voit décerner le Grand Prix de la Biennale de Venise, qui conduit cependant à son exclusion du mouvement surréaliste. Il quitte alors définitivement Paris en 1955, mais continue ses créations. De nombreuses rétrospectives lui sont dédiées avant sa mort.

A présent, analysons ce tableau…
Le tableau montre un paysage chaotique, ravagé par une tempête particulièrement destructrice. L’artiste a voulu représenter ici l’horreur de la guerre, qui a tout ravagé sur son passage. Tout semble démoli, détruit, revenu d’un épisode extrêmement destructeur, qu’est la guerre (notons les innombrables débris qui jonchent le sol, ainsi que les roches et les êtres représentés dans un état lamentable). Les couleurs chaudes et sombres de ce tableau relèvent également de la souffrance. Les cadavres au sol représentent sans aucun doute le nombre astronomique de morts qu’a fait la Seconde Guerre Mondiale, comprenant les soldats, les civils, les Juifs, les Tziganes, etc. Le sommet de la roche centrale forme un buste féminin dans une longue robe, ce que l’on peut interpréter comme le point de vue de l’artiste sur la baisse importante de la population active de l’Allemagne (hommes en bonne santé entre 20 et 60 ans), donc la place croissante des femmes dans la société. L’abri tombant en ruine, attaché à la créature mi-homme mi-oiseau, symbolise peut-être l’état de la résistance, qui continue de combattre contre les nazis, malgré sa minorité et son instabilité. Le « saule pleureur » situé à droite en premier plan représente sans doute la tristesse des familles des soldats, civils ou Juifs tués dans la guerre. Max Ernst imagine donc l’état du paysage et de la société allemandes après la « pluie », soit la guerre. Le ciel haut et clair peut représenter le mince filet d’espoir, d’optimiste toujours présent après la guerre, même si l’on peut penser en majorité que tout est fini.

Dans quel contexte notre cher Max a-t-il peint son œuvre ?
En 1942, l’Europe est plongée dans la Seconde Guerre Mondiale. Certains artistes de l’époque expriment leur dégoût, leur pacifisme pour ce long conflit destructeur.
Max Ernst appartient au mouvement surréaliste. C’est un mouvement artistique et littéraire qui naît en France avant de s’étendre à l’Europe. Il est, à l’origine, proche du dadaïsme. L’orientation esthétique est théorisée en 1924 par l’écrivain André Breton (1896-1966) dans le premier Manifeste du Surréalisme. Les surréalistes sont influencés par la psychanalyse et l’univers du rêve. Les sujets picturaux se caractérisent pas d’étranges associations d’éléments qui donnent à voir ce que seule l’imagination peut créer : des mondes extraordinaires ou des réalités impossibles. On les retrouve dans l’œuvre de Max Ernst (1891-1976), Loplop présente une jeune fille (1930, Paris, Musée National d’Art Moderne) ou dans celle de Salvador Dali (1904-1989), Hallucination partielle. Six apparitions de Lénine sur un piano (1931, Paris, MNAM).
En 1942, toute l’Europe est occupée par l’Allemagne. Toute ? Toute ! Mais autour ? Deux pays peuplés d’irréductibles résistent encore et toujours à l’envahisseur : l’URSS et le Royaume-Uni. C’est également en 1942 qu’a lieu la conférence de Wansee, entraînant avec elle la mise en place des camps d’extermination réservés aux Juifs et aux Tziganes « recueillis » dans les pays occupés. Enfin, à partir de juin 1941, l’Allemagne attaque l’URSS, et en juillet 1942 a lieu la bataille de Stalingrad, où les russes s’en sortiront vainqueurs. Le Reich allemand est donc en pleine position d’attaque au moment où Max Ernst peint L’Europe après la pluie.

En conclusion ?
Max Ernst, par l’image d’un paysage et d’êtres ravagés par une « pluie » meurtrière, représente donc l’horreur de la guerre totale qui s’abat sur l’Europe à partir de 1939. Ce tableau suscite de la tristesse, du désespoir, de la désolation, et une vague impression de lointain, d’irréalité chez le spectateur.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, plusieurs artistes ont exprimé leur pacifisme. C’est le cas de Pablo Picasso, Otto Freundlich, Victor Brauner, Joseph Steib, Otto Dix, Charlotte Salomon, Boris Taslitzky, Georges Rouault (Homo Homini Lupus (Le pendu), 1944) et bien d’autres. Sur le thème de l’extermination, plus précisément la Shoah, citons Boltanski et David Olere. Néanmoins, on ne retrouve aucune œuvre de 1942 qui « anticipe » sur le concept d’anéantissement. La plupart sont postérieures à la guerre. Elles peuvent porter sur la Shoah mais aussi sur les bombes atomiques comme une œuvre musicale : Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Penderecki. D’autres parlent de la guerre du Pacifique, comme le roman de Akiyuki Nosaka La tombe des lucioles (1967), qui a donné vingt ans plus tard un film d’animation, Le tombeau des lucioles, réalisé par Isao Takahata.

Sources
Carte d’identité de l’œuvre : lewebpedagogique.com/waltersubtil/files/2010/02/fiche-HDA-max-Ernst.pdf
Biographie de Max Ernst : www.linternaute.com/biographie/max-ernst/, www.le-surrealisme.com/max-ernst.html
Contexte historique : Mon cours d’histoire de troisième
Courant artistique : sites.google.com/site/brevethistoiredesartscescamus/les-courants-artistiques
Conclusion (œuvres postérieures) : culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/l-art-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale-oeuvres-choisies-127741, fiche artiste (cours de troisième).

La la land, Damien Chazelle (2016)

Bonjour à tous !

En décembre dernier, je suis sorti au cinéma avec ma famille, un peu comme d’habitude, et je ne m’attendais pas à voir quelque chose de particulièrement extraordinaire. Au bout de deux heures de projection, quand je suis sorti de la salle, j’étais littéralement ébloui. En fait, j’étais tombé sur ça :

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La La Land est un film musical américain écrit et réalisé par Damien Chazelle, mis en musique par Justin Hurwitz et interprété par Ryan Gosling et Emma Stone. Il est sorti en décembre 2016 aux États-Unis et en janvier 2017 en France. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise en août 2016, le film remporte un succès critique. Emma Stone, l’actrice principale, obtient quant à elle la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine. En janvier 2017, lors de la 74e cérémonie des Golden Globes, La La Land reçoit un record historique de sept récompenses, avant de recevoir quatorze nominations pour les Oscars 2017, égalant ainsi le record historique de Ève et de Titanic. Il remporte six des statuettes, dont celles du Meilleur Réalisateur pour Damien Chazelle et de la Meilleure Actrice pour Emma Stone, ainsi qu’une double consécration pour le compositeur Justin Hurwitz.
(fr.wikipedia.org/wiki/La_La_Land_(film))

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Les grandes lignes

Cette comédie romantique, que j’ai vu il y a un mois déjà, se résume au schéma suivant : féérie (rencontre amoureuse) -> réalisme (déception). Vous avez compris que je pense un peu au Grand Meaulnes. Cependant, le titre et l’affiche semblent plutôt accentuer le côté onirique de l’intrigue : « un titre simple comme les premiers mots d’une chanson fredonnée, un titre qui dit tout sans besoin de traduction et qui laisse deviner avec malice les milles et une couleurs d’un feu d’artifice en cinémascope et en technicolor. […] La course sera éblouissante et le voyage digne d’un aller-retour sur la lune », décrit le cinéma Utopia de Montpellier. (cinemas-utopia.org/montpellier/index.php?id=2059&mode=film)

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Les références aux comédies musicales hollywoodiennes

J’ai beaucoup aimé ce film empli de clins d’œil amicaux à toute la clique de la comédie musicale hollywoodienne, de l’après-guerre aux années 70. La fin est assez surprenante car elle révèle le message principal du film, et affaiblit le rêve américain de « réaliser ses rêves à tout prix »…

On peut remarquer qu’un grand travail a été fait sur l’élaboration de la musique ; le compositeur passe de la joie de vivre (Another Day of Sun) à la mélancolie pure et simple (Mia and Sebastian’s Theme) avec une virtuosité remarquable. A noter également, un gros travail qui a dû être consacré à la réalisation des costumes, dans l’ambiance folle des années… folles. Au fait, nous ne pourrons jamais déterminer l’époque précise dans laquelle se déroule l’action, car les vêtements et véhicules des Trente Glorieuses font anachronisme avec la présence de smartphones et de caméras numériques par exemple.

D’autre part, j’ai apprécié l’aspect artisanal du montage et des techniques de prises de vues tendant vers l’expression d’une référence générale englobant tout le film. La caméra est généralement portée à l’épaule, et là où le réalisateur aurait dû faire des raccords pour nous montrer une scène en deux parties séparées par un angle de 180°, eh bien non, il décide de faire tourner la caméra à toute vitesse pour osciller entre les deux lieux de l’action. Chazelle, pour faire une énième référence, ne peut pas s’empêcher d’ajouter à un montage « classique » (découpages nets ou fondus), des fins de scènes où un rond apparaît au centre de l’image et, diminuant de taille, englobe les visages des deux amants.

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Les choix des couleurs

« Les couleurs [aussi sont] là pour nous raconter une histoire », ajoute Lola pour Joffre en page. « Au fur et à mesure du film, elles évoluent vers des tons plus ternes, plus « normaux », comme pour illustrer la désillusion des personnages et la transition du fantasme à la réalité. » (www.clemi.fr/fileadmin/user_upload/revuedepresse2017-lycees/RPL17_JOFFRE_EN_PAGE_4_119.pdf)

Si vous avez du temps libre, je vous conseille de regarder la vidéo du Fossoyeur de Films sur ce sujet :

La performance des deux acteurs principaux

Pour les acteurs, il s’agit d’une belle performance artistique, puisqu’ils ont dû apprendre à danser et à chanter spécialement pour La la land ; bravo Emma, bravo Ryan, vous avez fait du bon boulot. Même si quelques imperfections sont parfois décelables, le résultat est tout de même époustouflant. Une prestation en duo qui doit être vue !

Photogramme de La la land. Planetarium (1)
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Un message qui évolue tout au long du film

Pendant tout le film, les deux personnages centraux sont confrontés à un véritable dilemme : ils se trouvent peu à peu obligés de choisir entre vivre leur rêve et rester ensemble, même si ces deux solutions semblent conciliables au début du film. Le scénario traduit donc un réalisme glaçant qui se cache derrière ces idéaux de liberté absolue ; de ce fait, le film attaque avec beaucoup de tact et de lucidité un choix pris par énormément de gens depuis des millénaires. Malgré une longueur qui peut être parfois un peu ennuyante (Epilogue), je vous recommande donc vivement ce tout nouveau « chef-d’œuvre » du septième art américain.

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